Durant le mois d’août, découvrez ou redécouvrez les institutions de la République au travers d’une chronique originale.
Préparation
C’est en effet par ce paradoxe que le rôle de premier ministre se comprend: il faut qu’il disparaisse pour qu’on en comprenne l’importance.
Son absence lors du règne "personnel" de Louis XIV avait ainsi souligné l’absolutisme royal. Or presque quatre siècles plus tard, la même éclipse provoque le même déséquilibre.
La relégation du poste de Premier ministre au statut de simple "collaborateur" ou "d’exécutant" a été un préalable à ce que d’aucuns ont appelé une "hyperprésidence" qui n’est en réalité qu’une présidentialisation du régime.
En 2007, à l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République a correspondu une époque sans précédent d’effacement du Premier ministre.
Si la Ve République a connu, hors régime de cohabitation, des Premiers ministres en retrait, peu ont été aussi rapidement et violemment rejetés en dehors des grandes questions politiques. Le premier Premier ministre de la Ve République, Michel Debré, eut toute latitude pour mener à bien les importantes réformes intérieures: de la justice (réforme des institutions et de la carte judiciaire) à l’éducation (réforme de l’âge minimum pour quitter l’école, multiplication des collèges), du contrôle des prix aux questions agricoles.
Même les Premiers ministres réputés pour leur absence d’ambition politique démesurée, tel Pierre Messmer, eurent une très large influence politique, en l’occurrence sur l’équipement nucléaire civil de la France.
Même les Premiers ministres dits "de la société civile", tel Raymond Barre, nommé pour ses compétences en économie, alors qu’il n’est pas politiquement très engagé, disposeront d’une très large autonomie.
Même les Premiers ministres rivaux du Président, sauront conduire des réformes non négligeables, tel Michel Rocard, qui estimera avoir été constamment empêché par François Mitterrand; mais cette opposition entre gens de même parti, ne sera pas de nature à faire obstacle au lancement du RMI (qui durera presque 20 ans) ou au rôle de premier plan de Michel Rocard dans la résolution du conflit néo-calédonien.
Plus proche de nous, un Premier ministre encore inconnu hier, bientôt brocardé pour sa communication assez absconse, auteur de formules malencontreuses ("la France d’en bas"), Jean-Pierre Raffarin – que certains de ses détracteurs, furieux de se voir voler la place de Premier ministre surnommèrent "RaffaRien" – fut l’auteur de l’un des bouleversements politiques au travers de l’acte II de la décentralisation.
Quid de François Fillon ?
Pourra-t-on l’associer à une réforme ? Aura-t-il pesé d’un véritable poids sur le cours des événements ? Peut-on dire qu’il eut en trois ans un rôle déterminant ?
Si l’on se pose ces questions, c’est parce qu’il est fort probable qu’il vit ses dernières heures de Premier ministre. Le climat délétère des affaires et la nécessité d’aborder la réforme des retraites avec une équipe neuve et de choc signent avec une forte probabilité le départ annoncé de François Fillon.
Mais qu’importe au fond que le scénario se réalise et que le Premier ministre présente sa démission en septembre ou en 2011 ou pas du tout.
Tout se passe comme si depuis 2007, son apparente inaction avait fait de lui un Premier ministre déjà démissionnaire.
Sa démission bientôt ne serait que la régularisation de sa situation depuis trois ans: il a bel et bien démissionné, en se résignant à jouer des rôles de porte-parole, de relais transitoire, de soutien politique. Mais pas un rôle de Premier ministre, contrepoids ou poids tout court dans un gouvernement censé s’occuper des affaires intérieures en priorité.
Pourtant, la Constitution, même révisée en 2008, lui laissait une marge de manoeuvre considérable.
La suite dans trois jours…