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L’apéro facebook des retraites (suite et fin)

Edito de Bonfons de Cruchot

Maintenant, essayons de voir ce que notre cadre aurait pu faire, s’il n’avait pas eu l’obligation de cotiser: c’est là que nous utilisons la formule mathématique. À supposer que notre cadre, au lieu de devoir verser ses 358 euros de cotisation obligatoire, puisse les économiser et les placer lui-même dans la perspective de ses vieux jours, il choisit un livret d’épargne.

Admettons que la moyenne de rémunération du livret sur 43 ans soit de 3 % (actuellement des assurance-vie rémunèrent à ce taux, alors que le livret caisse d’épargne est à 1 % et des poussières, et le PEL à 2 % et quelque, des taux historiquement bas. On a connu des PEL à 6 % nets…autant dire que le taux moyen de 3 % sur 43 ans n’est pas excessif).

Appliquons la formule, pour savoir, combien, au bout de 43 ans, notre cadre aurait pu accumuler d’épargne:

CA = 358 € x12 mois x [((1 + 0,03)43+1 – 1)/0,03 – 1] = 378 256 €.

À l’âge de la retraite légale, 67 ans, notre cadre disposerait donc de deux fois plus d’épargne. Première remarque: à supposer qu’il veuille toucher 1 356 euros par mois, il pourrait alors tenir 23 ans , soit plus que ce que permet actuellement le régime, et sans que cela soit au détriment des plus jeunes générations (qui comblent le déficit).

Deuxième remarque: la remarque précédente est fausse car en réalité, si notre cadre ne touche pas à son pactole, celui-ci continue à augmenter, cette fois-ci, au rythme d’un classique rendement de livret A. C’est à dire que les 378 256 € toujours placés à 3 % continuent à rapporter des intérêts, la différence étant l’absence de nouveaux versements, puisque notre cadre ne travaille plus.

Conséquence, si ce dernier prélève exactement 1 356 € au titre de sa pension qu’il se verse à lui-même, il gagne environ 11 000 euros d’intérêts quand il en prélève 16 272 par an. À ce rythme, il pourrait donc tenir près de 50 ans…Assez logiquement, il pourrait décider de doubler le montant de sa pension qu’il se verse et prélever près de 2 500 €, soit sa rémunération quand il travaillait, et ne connaître aucun problème de fin de mois en attendant sa fin tout court.

Quelle conclusion tirer de cette analyse largement défavorable à notre système de retraite ? À mon sens, il révèle d’abord une faillite de la gestion du régime des retraites. Qu’a-t-on fait du trésor faramineux de l’ensemble des cotisations des travailleurs de la génération du baby-boom ? De 1945 à 1975, il y a alors peu de retraités, une espérance de vie plus faible et en termes relatifs une masse plus importante de cotisants. Songez  par surcroît que la fixation de l"âge de la retraite légale à 60 ans ne date que de 1981.

Ainsi en 1975, il y avait 4 millions de retraités pour 13 millions de cotisants: c’est le point de rupture, puisque dès lors le rapport cotisant/retraité ne cesse de baisser. Mais de 1945 à 1975 ? Par définition, il y a excédent du montant des cotisations récoltées par rapport aux pensions versées.

Deuxièmement, l’analyse montre que l’attachement au régime de retraite est symptomatique d’une fracture générationnelle: les jeunes générations savent pertinemment que la retraite relève plus du mythe pour elle que de la réalité. Même avec de beaux progrès scientifiques qui soi-disant nous permettent "d’être jeunes, plus vieux", peu de gens veulent travailler jusqu’à 70 ans. Pourtant, le discours officiel martèle le "devoir de solidarité" et l’obligation de cotiser sans espoir.

Pour la "génération X et Y", la cotisation de retraite s’analyse donc plus en un impôt supplémentaire qu’en une cotisation: elle n’aura rien en retour en 2053. Mais elle paie comptant aujourd’hui. La question des retraites est déjà réglée pour elle: à la fin de chaque bulletin de salaire. Est-ce vraiment un sujet de préoccupation ?

Au contraire, pour les quinquagénaires d’aujourd’hui, les hommes de pouvoir, à  l’image du Président ou des Sénateurs, la retraite est un enjeu important pour eux: ils veulent savoir combien ils vont prélever bientôt sur les cotisants, ils veulent rassurer tout ce réservoir électoral des plus de 60 ans en leur garantissant leurs actuelles pensions (16 % de la population a plus de 65 ans en 2010).

D’un côté une population jeune sans retraite avant 70 ans, de l’autre, une population senior aux maigres pensions.

D’un côté un discours officiel défendant un système de retraite, de l’autre, des calculs simples qui l’accusent.

La retraite par répartition, c’est finalement un apéro facebook: personne ne sait comment c’est organisé et tout le monde trinque.

Et si le système par répartition avait été mal calculé ?

L’apéro facebook des retraites

Edito par Bonfons de Cruchot

Mercredi dernier, sans fanfare ni trompette, le gouvernement a annoncé la fin de la retraite légale à l’âge de 60 ans. En toute hypothèse, il faudra cotiser non plus 37,5 ans (durée légale avant la réforme Balladur pour le secteur privé) ni 40 ans (actuellement), ni 41 (durée initialement prévue pour 2011 ou 2012) mais bien 42 ou 43 ans.

Notre propos ne sera pas ici de défendre vaillamment une justice sociale qui pour l’instant fait fi des inégalités des métiers: les professions en col blanc ont une espérance de vie à 60 ans, de près de 20 ans, contre 14 pour les ouvriers. Nous proposerons seulement un petit calcul à effectuer et une réflexion à en tirer.

Le petit calcul rappellera des souvenirs aux épargnants adeptes de Plan Epargne Logement. La question est: combien d’argent y aura-t-il sur mon livret au terme de tant d’années, sachant que j’ai un taux d’intérêt fixe et que je fais un versement chaque année (ou chaque mois) ?

Mettons que vous versiez  540 euros par an au début de l’année, à un taux de 2 %. Vous avez prévu de laisser cet argent au terme du plan, soit huit ans. Vous vous demandez: combien aurai-je au bout de huit ans ?

Si, pour simplifier, à l’ouverture du plan, aucune somme minimale n’est exigée, vous aurez donc au bout d’un an, le capital (540 euros) et les intérêts (2 % par an), soit, 10,8 euros.

À la fin de la 2ème année, la somme totale sur le livret est constitué des nouveaux versements (540 euros) plus le capital de la 1ère année et ses intérêts (540 + 10,8) plus enfin les intérêts sur la somme totale de la 2ème année, soit 2 % sur (540 + 540 + 10,8), c’est à dire que vous disposez au final de 1112,6 euros. Il faudrait faire le calcul pour huit ans: c’est laborieux.

Or il existe un outil qui vous simplifie le travail: les mathématiques. En l’espèce une formule. Soit CA, le capital acquis au terme du placement (ce que l’on cherche à savoir), soit CV, le capital versé régulièrement, soit t, le taux d’intérêt et soit n la période de placement exprimée en années. La formule qui vous donne directement la réponse est:

CA = CV x [((1 + t)n+1 - 1)/t - 1]

Compliqué ? Prenons notre exemple.

CA = 540 x [((1 + 0,02)8+1 – 1)/0,02 – 1]

Soit: CA = 4 727,5 €.

Maintenant quel rapport avec les retraites ? Prenons ce bulletin de salaire d’un cadre, obligeamment fourni sur le site de l’Arrco et l’Agirc. Avec un salaire brut de 3 450 €, un cadre se retrouve avec un salaire net de 2713 €. L’évaporation salariale est due notamment au prélèvement social correspondant "à la retraite", c’est à dire la cotisation prélevée sur le salaire du cadre et servant à verser les actuelles pensions des retraités. Le tout (retraite + retraite complémentaire) est de 358 € (arrondi au supérieur).

Supposons que, par extraordinaire, un(e) jeune diplômé(e) entre directement dans la vie professionnelle avec un statut de cadre et ce salaire de 3 450 euros bruts, après, quand même, l’indispensable "bac + 5" d’aujourd’hui et une période de stage. Son âge est de 24 ans. Il lui sera nécessaire de travailler environ 43 ans et de verser ainsi sa cotisation retraite. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

S’agissant d’un cadre, son espérance de vie, au moment de prendre sa retraite à 67 ans vers 2053, sera d’environ 20 ans (actuellement, ce serait plutôt 16 ans, mais avec les progrès de la médecine en 2053…). Pendant 20 ans, il pourrait donc toucher une retraite, correspondant, d’après les critères actuels à 50 % de sa rémunération pendant ses 25 meilleures années.

Difficile de prévoir, alors faisons une moyenne: d’un côté, notre cadre devrait progresser et toucher un meilleur salaire au fil du temps. De l’autre, il est tout à fait hasardeux de considérer aujourd’hui que l’on peut travailler 43 ans d’affilée, sans jamais être concerné par un quelconque accident: licenciement et chômage de plus ou moins longue durée, accident du travail, maladies en tout genre…risque d’année sabbatique.

Alors, considérons que notre cadre touchera toute sa vie la même rémunération mais ne connaîtra jamais une des situations indiquées. Il travaillera, vaille que vaille, 43 années.

C’est là que notre préambule mathématique va enfin nous servir. La question est la suivante: ayant cotisé pendant 43 ans, à raison de 358 € par mois, soit 4 290 € (prise en compte du calcul sans arrondi, soit, 357,53 x 12) par an, il a versé ainsi en 43 ans: 184 485 euros.

Il touche maintenant, dès sa 68e année, la moitié de sa rémunération, au titre de sa pension de retraité, soit, 1 356 euros. Pour qu’il "rentabilise" ses cotisations, il faudrait donc qu’il soit à la retraite au moins 11 ans. Puisqu’en principe, notre cadre a une espérance de vie de 87 ans, il "gagne" ainsi 9 ans, c’est à dire que l’ensemble des pensions qu’il touche de 78 à 87 ans excède ce qu’il a versé pendant toute sa vie de labeur.

Bon relativisons déjà quelque peu: 1 356 euros aujourd’hui, cela ne permet pas de louer l’appartement parisien dans lequel notre ex-président Jacques Chirac coule assez paisiblement ses vieux jours (10 000 € de loyer mensuel parait-il….).

Suite du billet demain…

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La Ferme des Animaux (suite et fin)

Edito par Bonfons de Cruchot

Suite du billet du 21 mai.

La démocratie participative a ainsi été mise en avant comme remède à un dysfonctionnement de la démocratie représentative. La première aurait pour objet et avantage d’impliquer davantage le citoyen et le faire renouer ainsi avec l’action politique au sens large. C’est à ce titre que la loi du 27 février 2002 a cherché à renforcer les moyens et les effets de ce concept.

Avant cette date, les élus disposaient déjà de plusieurs outils pour faire participer plus étroitement leurs administrés à la vie locale tel que le référendum local utilisé pour les projets les plus importants et lorsqu’un désaccord surgissait entre l’État et la collectivité.  Mais le résultat du référendum n’est pas contraignant pour l’autorité.

De même, les conseils économiques et sociaux créés par la loi du 5 juillet 1972, les conseils de développement, les conseils de quartier et les commissions locales d’information créés par la loi du 13 juillet 1992 et le décret du 29 novembre 1993 pouvaient déjà associer les citoyens à l’essor de leur commune. Le budget participatif s’inscrit d’ailleurs dans cet esprit en permettant aux citoyens de prendre part à des microprojets. Enfin, de manière plus ponctuelle, les élus pouvaient recourir aux enquêtes publiques aux termes desquelles les habitants se prononcent au vu d’un dossier préparé par les autorités publiques.

La loi de 2002 a revalorisé la place des commissions consultatives des services publics locaux (CCSPL) : les régions, départements, les communes de plus de 10 000 habitants, les EPCI de plus de 50 000 habitants ont dû créer une CCSPL, alors que jusqu’à alors les commissions consultatives des usagers connaissaient un fonctionnement réduit. Désormais, les décisions prises sans l’avis obligatoire de la commission deviennent alors entachées d’illégalité. Cette loi rend les conseils de quartiers obligatoires dans les communes de plus de 80 000 habitants.

Le conseil de quartier sert à consulter les habitants, à leur faire gérer le cas échéant certains services publics au niveau du quartier. Au sein du conseil siègent les habitants du quartier mais la composition peut être ouverte à un plus grand nombre. En effet, le conseil municipal reste totalement maître de la composition et de la place des conseils de quartier dans la vie locale. À ce titre, il faut bien noter que malgré son intention d’associer plus étroitement le citoyen à la vie publique, le législateur a évité toute participation directe du public.

Outre la subordination des règles, de la composition, des attributions des conseils de quartier au choix du conseil municipal, il convient également de souligner le caractère facultatif de ces conseils de quartier pour les villes de moins de 80 000 habitants, ce qui concerne un très grand nombre de communes. Par ailleurs, la coexistence éventuelle entre les conseils de quartiers et les comités consultatifs créés par la loi de 1992 est de nature à entretenir la confusion.

Enfin, la loi de 2002 renforce la procédure de débat public mise en place en 1995 : la commission nationale du débat public (CNDP) permet de contrôler la procédure qui associe le public à l’élaboration de projets publics, la saisine de la commission étant obligatoire pour les projets les plus importants.

Quel bilan après huit ans et sans compter l’apport de la réforme de 2003, qui donne par exemple un caractère contraignant au référendum local ?

Maigre. Si l’on se fonde sur la participation électorale, qu’elle soit locale (élection municipale ou plus récemment régionale) ou nationale (élection européenne assez récemment), l’introduction de la démocratie participative n’a pas réussi à augmenter cette participation. Aux élections plus locales (élections régionales de 2010), on peut même dire que des taux d’abstention record ont été observés (un peu moins de 54 % d’abstention au premier tour au plan national). Si l’on se fonde sur le fonctionnement des conseils de quartier ou d’autres institutions, on observe que les prérogatives sont faibles et très encadrées; une défiance perdure de la part des élus à l’égard d’institutions non élues.

Ainsi, la démocratie participative n’est pas sans ressembler au final aux premiers temps de la révolution de la Ferme des animaux. À l’origine, un "nouveau type" de démocratie est proposée pour améliorer la situation; de même que dans la Ferme, la révolution est fomentée afin de chasser le fermier Jones, brutal et affameur afin d’améliorer les conditions de vie des animaux.

Dans la démocratie participative, ceux qui prennent le pouvoir dans les conseils de quartier sont des "professionnels" (de la politique, du militantisme associatif) qui maîtrisent la parole ou des retraités; le travailleur lambda ne s’y investit pas faute de temps ou faute d’assurance pour proposer des idées face à des gens qu’il juge plus qualifiés. De même, dans la Ferme,  ceux qui prennent le pouvoir sont les cochons qui savent lire et s’imposer grâce à leur talent oratoire, tel Brille-Babil ; les autres animaux, incultes et trop occupés à travailler, n’ont pas le temps de contester les choix des premiers ni même de les comprendre.

Dans la démocratie participative, les éventuelles remarques dans le cadre des conseils de quartier n’ont pas force juridique et il n’existe pas forcément de budget pour mettre en application un projet; dans la Ferme des animaux, l’assemblée des animaux initialement réunie régulièrement, se contente d’approuver les résolutions déjà fixées.

La Ferme des animaux délivre ainsi une moralité toujours actuelle: les personnes qui prennent le pouvoir ne sont pas toujours celles qui représentent le mieux la majorité. Dans le cas de la Ferme, l’affirmation est poussée à la caricature, puisque les cochons s’arrogent tous les privilèges au détriment des autres animaux. Un pouvoir a remplacé l’autre. Dans le cas de la démocratie participative, l’affirmation n’est pas aussi caricaturale mais conserve sa force.

Il est vain de croire qu’en donnant la parole aux citoyens, la majorité sera mieux représentée. Comme toujours, seule une minorité s’exprimera, par goût, intérêt ou compétence. L’extrême majorité se tiendra en retrait.

La démocratie participative, ce n’est donc finalement que la participation.

La Ferme des Animaux

Edito par Bonfons de Cruchot

Le propre d’une œuvre classique est sa prétention à l’universalité, quel que soit le lieu, quelle que soit l’époque. La fable de George Orwell, La Ferme des Animaux, parue en 1945 est considérée comme telle pour beaucoup, bien que l’ouvrage soit explicitement une référence à l’Union soviétique de la Révolution d’Octobre à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui en fait un livre daté. Le résumé dans ses grandes lignes peut être consulté ici et .

Certes, les lecteurs d’aujourd’hui, pour peu qu’ils disposent de quelques repères historiques de base n’apprendront donc pas grand-chose. Les personnages imaginaires d’Orwell sont clairement identifiables (le cochon Napoléon pour Staline, Boule de Neige pour Trostki), les épisodes historiques de même (la prise du pouvoir des bêtes de la Ferme faisant référence à la Révolution d’Octobre, la disette de ces animaux, à la faillite de la Nouvelle Politique Économique).

Pourquoi dès lors consacrer une heure ou deux à lire ou relire l’ouvrage, notamment dans le cadre d’un concours de la fonction publique ou de l’occupation d’un poste dans celle-ci ?

Parce que déjà, l’auteur identifie bien une caractéristique essentielle du régime dictatorial stalinien, l’oubli forcé afin de paraître cohérent dans la politique suivie, malgré des revirements à 180 degrés. Ce thème sera d’ailleurs plus largement développé dans son roman plus connu et plus profond, 1984. Mais qu’en est-il dans les sociétés démocratiques ?

C’est l’intérêt du livre, une fois refermé, que d’éviter la facilité d’un discours convenu sur la nocivité des totalitarismes. Si l’on y réfléchit, il peut poser en creux la question de la passivité des masses, très oublieuses, qu’elles habitent la dictature ou la démocratie. Dans le roman d’Orwell, ces masses sont représentées bien simplement par les moutons, qui répètent stupidement l’antienne révolutionnaire décrétée par les cochons, maîtres de la révolution, "Quatre pattes, oui ! Deux pattes, non" (par référence à la lutte contres les humains) mais aussi par la figure de Malabar, symbole du stakhanovisme, persuadé que tout ira mieux demain par un surcroît de travail. Or ces figures sont-elles spécifiques à la dictature stalinienne ?

Raisonnablement, non. La passivité d’une population américaine devant la manipulation magistrale pour l’engager à une guerre en Irak en 1991 et surtout en 2003, l’utilisation de slogans simplissimes lors de campagnes présidentielles tels que "travailler plus pour gagner plus", le partage de la corruption parmi les notables élus de la Chambre des Communes au Royaume-Uni rappellent que les citoyens des démocraties ressemblent assez souvent aux moutons et aux poules de la Ferme, les animaux les plus crédules et les plus exploités.

Les lauréats et candidats aux concours de la fonction publique peuvent ainsi réfléchir à souhait sur une question que l’on ne leur posera pas mais qui devrait l’être systématiquement: le pouvoir est-il compatible avec la démocratie ? La conclusion pessimiste d’Orwell, incarnée dès le début de la fable par l’âne Benjamin, consiste à dire que la nature de l’être l’emporte sur l’idéologie, n’importe laquelle. Que l’on soit cochon ou humain, dès qu’on dispose du pouvoir, on en abuse, en dépit de toutes les déclarations d’intention. En démocratie, le pouvoir exerce la même fascination et entraîne les mêmes conséquences, la différence étant l’existence de contre-pouvoirs.

Pourtant, ces derniers tendent eux-aussi à s’estomper: la désertion électorale, l’opprobre jetée sur des élus corrompus, la médiocrité des résultats ont depuis longtemps sapé les bases de la démocratie représentative. D’où, depuis une dizaine d’années, le recours au concept de "démocratie participative".

Or celle-ci nous renvoie peu ou prou à la Ferme des Animaux.

Suite dans le prochain billet

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