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La Princesse de Clèves et Nicolas Sarkozy: le bilan, deux ans plus tard

Édito par Bonfons de Cruchot

On se souvient sûrement de l’ironie présidentielle à l’égard de La Princesse de Clèves. Dans un élan pédagogique mais non exempt de faute syntaxique (l’expression "souffrir sur" était dans le contexte pour le moins étonnante), cette vidéo nous montre  le Président de la République attaquer en 2008,  ce roman, un classique du lycée. La raison ? Les concours administratifs ne sont pas assez professionnels. Ils sont trop académiques. Il faut réviser leur contenu. Des questions relatives à la littérature et ainsi à La Princesse de Clèves seraient ainsi au mieux inappropriées au pire discriminatoires vis-à-vis d’une frange de la population "déshéritée".

À titre personnel, je n’ai pas relu le roman. Pour tout dire, si je l’ai lu, il n’a laissé aucune trace. Sa lecture est, il est vrai, associée à ces heures de classe si ennuyeuses face à une professeur au ton perçant, essayant vainement de susciter l’intérêt d’esprits modérément convaincus. En toute honnêteté, je doute qu’un seul élève de cette classe ait jamais rouvert le livre.

Des années après, je me souviens cependant d’un commentaire de cette fonctionnaire de la littérature censée aiguiser notre curiosité intellectuelle : le roman de la Princesse de Clèves était "moderne" (ce qui est inscrit sur la 4e de couverture de n’importe quel livre de poche) comme si modernité était gage d’intérêt. Il mettait en scène "les jeux de la Cour " et "les jeux de cour"… tout court. Au XVIe siècle. Passionnant. D’autant plus, qu’à la lecture de Wikipédia – je n’allais tout de même pas relire le roman en un soir – il apparaît que les personnages sont:

"beaux, intelligents et gracieux. Ils sont appelés à être au-dessus des autres humains".

Rien que cela. Ce n’est pas sans rappeler ces magazines de mode glamour qui emplissent les kiosques à journaux: on y parle de stars, d’actrices, de gens du show-biz. Ils ont des liaisons, ils se marient, ils divorcent (l’ordre n’est pas toujours le même). Quelle différence avec La Princesse de Clèves ? Le roman parle des mêmes sentiments. Des mêmes tourments. Avec les mêmes issues. Le roman est largement historique en ce qu’il s’inspire de personnages ayant réellement existé. Porté à l’écran, il ne serait pas loin d’un biopic.

Finalement, donc, pas très différent de ces fameux magazines en libre accès chez le coiffeur…Mais voilà, le roman est lustré par trois siècles, des générations d’universitaires lui ont sacrifié leur jeunesse en d’austères études. Pas question donc d’attaquer ce monument littéraire. Pour ma part, j’hésite donc toujours entre lire  le mémoire de maitrise publié en 1972 de Guilda Kattan  intitulé La Princesse de Clèves : éléments d’une sémiotique sociale et la thèse d’Anne Houdent-Gantchikoff, Étude du vocabulaire de la douleur, la tristesse, etc. dans le roman de Madame de Lafayette, « La Princesse de Clèves ». Mais promis, je ne partirai plus en vacances sans emporter dans mes valises le travail de Sung Kim (aucun rapport avec le dirigeant nord-coréen) Les récits dans « La Princesse de Clèves » : tentative d’analyse structurale.

Non vraiment, il semble que ce soit vraiment un chef d’œuvre de la littérature française pour qu’on y consacre autant de temps. Par surcroît, le roman étant écrit, supposément, par une femme, au XVIIe siècle, il devient un porte-étendard des féministes. Madame de La Fayette s’élève ainsi au rang de grande prêtresse de l’émancipation. On peut préférer des contemporaines ou quasi-contemporaines. Leur exemple est plus proche et il est difficile de leur faire dire n’importe quoi. Attendons trois siècles.

Autant dire qu’il m’est difficile de défendre une telle œuvre. Alors, ce n’est pas le roman dont je vais assurer la défense ici, mais ce qu’il représente.

Reprenons notre sérieux un instant. Les références bibliographiques citées supra s’adressent naturellement aux spécialistes ou aux amateurs, au sens premier, du roman. Celui-ci est enseigné à l’école, parce qu’on estime qu’il est susceptible de former les esprits. Comment ? Je l’ignore avec certitude mais je propose quelques pistes.

Sur la forme, le lecteur comprend l’intérêt de la précision avec un vocabulaire choisi; il étudie les figures de style; il comprend que ces dernières ne sont pas là mises par hasard mais au service d’un effet; l’effet recherché peut procurer une véritable expérience au lecteur, il le fait accéder à une explication du monde réel. Sur le fond, le roman peut faire comprendre l’importance des sentiments, la grandeur d’un renoncement (le roman se termine par l’absence d’infidélité de la princesse)…Il faut bien avouer que le monde de la princesse nous est, pour la plupart, complètement étranger; rien à voir, par exemple pour le renoncement en cette matière, avec cette excellente nouvelle de Stefan Zweig.

Mais voilà, si l’on ennuie les lycéens avec La Princesse de Clèves et son auteur supposée, Madame de La Fayette, c’est parce que l’œuvre est complexe. Elle se prête à de multiples interprétations, qui intéressent ou non, mais qui sont manifestes. Certains parleront de profondeur psychologique, d’autres de la composition; des professeurs de lettres vous diront même que "c’est beau". Question de point de vue.

Ce que j’en comprends est là: qu’il s’agisse de La Princesse de Clèves ou des Misérables, du Père Goriot ou l‘Éducation sentimentale, l’œuvre peut amener à réfléchir, sur soi, sur le monde, sur notre relation avec le monde. Si l’on préfère, le roman est une manière de comprendre qu’il n’y a pas une seule manière d’envisager une situation. La vie est toujours plus complexe qu’on ne le pense. Le roman est ainsi une manière de comprendre la réalité: de nombreux auteurs l’ont dit, lire un roman permet parfois de mieux comprendre un événement, une société que les très complets livres d’histoire ou de sociologie.

Un film I comme Icare démontre (de manière moins racoleuse que la récente émission l’expérience extrême)  l’effrayante soumission à l’autorité: une telle fiction explique ainsi aussi bien que de nombreux essais historiques le mécanisme d’un régime autoritaire, dictatorial voire génocidaire. Dans le film, un personnage précise: chaque homme n’ayant qu’une parcelle de responsabilité dans l’organisation d’un génocide, il obéit d’autant plus facilement. Comme dans l’extrait où le véritable cobaye s’exonère de sa propre responsabilité sous le couvert de l’autorité du professeur: le cobaye ne fait que pousser le bouton qui envoie une décharge électrique, ce n’est pas lui qui décide.

Tout roman classique, toute fiction est ainsi une clé pour ouvrir la porte de l’inconnu, de ce qui dérange, de ce qui peut faire peur. Le roman questionne. Le roman nous fait comprendre que la réalité nous échappe souvent puisque si complexe.

C’est pourquoi, de l’Ancien Régime où l’éducation des Grands passait par ces fameuses humanités à la IIIe République des hussards noirs, tous les régimes ont attaché de l’importance à former les esprits par les lettres. À la différence de mathématiques élémentaires où la solution est souvent unique, l’interprétation d’une oeuvre, qu’elle soit littéraire, picturale ou cinématographique est multiple; chacun peut y apporter son écot, c’est le sens des travaux de recherche, cités ci-dessus.

On comprend dès lors l’intérêt de l’épreuve de culture générale aux concours administratifs. Elle permet de détecter des personnes qui réfléchissent: oui, je le concède, les préparations science-po ont quelque peu standardisé l’épreuve et les candidats lauréats ont pu souvent ressemblé à des bêtes de concours ou à de très bons bachoteurs plutôt qu’à des citoyens ayant acquis au fil de leurs lectures, visites et expériences une maturité synonyme de culture.

Sans parti pris politique, les prestations oratoires de Madame Ségolène Royal laissent toujours songeur…En plus des fautes de langue, l’absence de références culturelles ou d’une pensée propre laisse l’électeur sidéré. Pourtant, la présidente de la région Poitou-Charentes fut une lauréate de l’ENA. Alors, certes, l’épreuve de culture générale avait fini par ressembler à du bachotage, d’où le succès des livres dits de culture générale, promettant de tout savoir sur tout en un temps record. La culture en fiches en quelque sorte.

Dès lors la charge menée par le Président de la République contre La Princesse de Clèves s’est révélée être en réalité une accusation portée contre la culture générale aux concours administratifs. De même qu’il fallait comprendre le célèbre "travailler plus pour gagner plus" par "liberté de travailler", de même il fallait traduire le harcèlement contre La Princesse de Clèves par une remise en cause de la prédominance de la culture générale aux concours de la fonction publique.

Or celle-ci présentait trois intérêts:

  • quoiqu’en disent ses détracteurs, elle était aujourd’hui sans doute l’épreuve la plus égalitaire. Il y a 50 ans, le livre coûtait cher, Internet n’existait pas: le reproche d’une "culture élitiste" ou "bourgeoise" pouvait être fondé. Aujourd’hui, il est possible, pour un faible coût, de lire, de s’instruire. La culture générale n’est plus l’apanage d’une caste. Au contraire, une nouvelle épreuve parfaitement inégalitaire a vu le jour: l’épreuve de langue. Maintenant obligatoire dans de nombreux concours de catégorie A. Or on sait bien aujourd’hui que la maîtrise d’une langue étrangère ne s’acquiert pas en écoutant la méthode Assimil: un bon niveau exige souvent un séjour à l’étranger. Qui peut payer ? Les plus aisés. Et la culture générale serait discriminatoire ? De qui se moque-t-on ? À l’ENA, aux concours du Sénat, de l’Assemblée, des Instituts régionaux d’administration, d’inspecteur des impôts, il existe maintenant une épreuve obligatoire de langue. Il est honteux d’affirmer que la culture générale, composition de français, faisant appel à la langue maternelle, ses subtilités, sa richesse, pratiquée pendant près de 20 ans par le candidat est discriminatoire par rapport à cette épreuve de langue. En effet, un écolier français dispose tout le long de sa scolarité d’à peine 700 heures de cours dans sa première langue vivante, ce qui signifie, pour une classe de 20 élèves, à raison de 3 minutes d’expression orale par élève, de 30 heures de pratique réelle. Et l’on va juger un candidat sur ce bagage ??? Il est évident que le candidat plus aisé prendra des cours particuliers, partira à l’étranger et maîtrisera relativement bien ses 15 minutes de prestation orale au concours d’inspecteur des impôts. Car c’est bien connu, pour parler aux contribuables, il faut être bilingue russe; cela sert tous les jours au centre des impôts, de parler une langue étrangère ! Si la réforme des concours est bien aberrante et particulièrement injuste, c’est sur ce point:  mettre en place une épreuve qui avantage les plus riches, au moment où l’épreuve la plus intéressante devenait vraiment égalitaire.
  • elle formait des esprits adaptables et non des techniciens interchangeables: dans son concept originel, la maîtrise d’une culture générale personnelle témoignait d’une capacité de compréhension, de réflexion, de travail et de critique. Des compagnies d’assurance recrutent aujourd’hui des diplômés en lettres ou en histoire: pas pour rédiger les lettres-types ou rédiger la notice hagiographique de la société, mais bien pour travailler sur des dossiers techniques. L’idée est que la maîtrise d’un savoir général est gage d’une adaptation à des savoirs particuliers. C’est d’ailleurs le modèle de l’école où l’on apprend, du collège au lycée, des rudiments de tout: d’histoire, de géographie, de littérature, de mathématiques, de biologie, de chimie, de physique, d’informatique, d’anglais, d’espagnol, de grec,etc. Bref, on sait presque rien sur presque tout. Mais arrivé en terminale, un élève est ainsi censé ensuite pouvoir se spécialiser. S’il change de spécialité un jour, il aura toujours quelques rudiments dans d’autres arts.
  • elle formait les esprits tout court. Nous l’avons rappelé, la culture générale aux concours avait eu tendance à devenir du par cœur sans âme. Mais au moins l’épreuve avait le mérite d’obliger le candidat à faire connaissance avec des auteurs (Machiavel, Kelsen, Durkheim…), des théories, des idées: le candidat pouvait vraiment s’interroger sur des thèmes tels que la bioéthique, la science, la démocratie. En supprimant la culture générale, les réformateurs ont fait des concours de la fonction publique des filières de sélection de spécialistes. On ne demande plus aux lauréats de s’interroger, mais d’appliquer. Pas d’initiative, seulement l’obéissance. C’est encore plus vrai pour les concours de catégorie B où une circulaire demande de "prohiber" le droit et la culture générale. Dans un monde de spécialistes, on a sûrement les réponses les plus efficaces. Mais sont-elles les plus humaines ? À l’heure d’une dématérialisation croissante des informations administratives et d’une réduction des démarches du fait de l’automatisation et de l’informatisation des tâches, on aurait pu croire que les postes restants demandaient justement maintenant plus de recul, de réflexion. Moins de technicité mais plus d’humanité.

Mais un jour, une circulaire a tué la culture générale. On y parle de "prohiber" des épreuves, du droit à la culture générale. Nous étions entrés sans le savoir dans Fahrenheit 451. Les livres étaient interdits. Pourtant, il l’avait promis:

"moi, ch’crois à l’éducation populaire" Nicolas Sarkozy, 24 juillet 2008.

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Absolument débordée

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Nous n’avons pas encore lu cet ouvrage Absolument dé-bor-dée dont Le Figaro se fait aujourd’hui l’écho.

Manifestement il s’agit d’après les extraits cités d’une charge contre les fonctionnaires, plus exactement la haute fonction publique. Apparemment y sont dénoncés les maux récurrents: absentéisme, gaspillage des talents, absence de productivité dans la fonction publique.

La Rédaction de ce blog est par principe relativement hostile à ce type d’ouvrages pour plusieurs raisons:

  • on ne peut faire une généralité à partir d’un cas. C’est pourtant une veine bien exploitée dans l’édition: on prend une personne, on la fait témoigner, on en fait ensuite une personne représentative de sa catégorie. Et bien sûr, après, on peut stipendier à loisir toute la catégorie. Pour avoir vu des administrateurs en fonction, certains auteurs de ce blog peuvent assurer que le poste n’a rien à voir avec ce que raconte l’apprenti(e) auteur(e).
  • on ne peut vérifier la véracité des faits. L’auteur(e) ne donne pas en général dans ce type d’ouvrages d’indices et de faits permettant d’établir la vérité de ses dires. On n’apprendra certainement pas où elle (il) travaille. On peut même se demander si l’auteur existe bel et bien tant les extraits mentionnés par Le Figaro dénotent une véhémence marquée.
  • on ne crache pas dans la soupe. En temps normal, ce comportement consistant à remettre en cause une organisation confortable dont on profite, sans en tirer les conséquences, est déjà critiquable. C’est facile de dénoncer ce qui ne va pas. Mais qui paie le traitement somptueux de cette jeune fonctionnaire tous les mois ? D’aucuns diraient: "la fonction publique territoriale, aimez la…ou quittez la"…. Ce comportement est typique d’une posture bien peu reluisante: je profite du système mais on ne peut me critiquer puisque moi-même je critique le système dont je profite. Au mieux on saluera la rapidité de jugement de l’auteur et on lui souhaitera donc d’en tirer toutes les conséquences: la démission. N’attendez surtout pas l’heure de la pré-retraite comme le font certains seconds couteaux du monde médiatique, journalistes, cadres de production, qui arrivés à la cinquantaine se découvrent une conscience. Ils écrivent alors un livre d’un courage exceptionnel: ils dénoncent le petit système qui les a grassement fait vivre pendant 30 ans et n’ont pas de mots assez durs pour dire tout le mal qu’ils en pensent. Ils débitent anecdotes sur anecdotes pour fustiger ce monde si odieux qu’ils ont côtoyé pendant toute une vie professionnelle sans broncher. Bref, on l’aura compris, soit on accepte le travail et on touche sa belle rémunération de haut fonctionnaire; soit on n’accepte pas  et on démissionne le cas échéant. Qui plus est aujourd’hui: avec 10 % de la population active au chômage, sans doute le double réellement avec les non-déclarés, les collectivités d’outre-mer et les temps partiels subis, il est indécent de se plaindre et de cracher dans la soupe.
  • on fait preuve de courage et on publie sous son nom ou on n’accuse pas. La pratique du pseudonyme n’est pas dérangeante en soi en littérature: elle permet la discrétion, le mystère, le jeu. Mais lorsqu’on se sert d’un pseudonyme pour accuser, moquer, réduire un adversaire, sans s’exposer soi-même, où est le courage ? N’est pas Jean-François Deniau qui veut. Lorsqu’il dénonce en 1953 dans le journal Combats "le verbalisme de la formation" de l’ENA, alors qu’il est tout jeune inspecteur des Finances, il écrit sous son nom.
  • on a le droit d’être impatient mais pas démagogique. Si l’auteur(e) existe réellement, une question se pose: sa maturité est-elle suffisante ? Il existait il y a trois ans encore une limite d’âge minimum pour passer le concours de conseiller de tribunal administratif (30 ans). Au vu des propos de l’auteur, il faudrait songer à restaurer ce type de mesures pour les postes de hauts fonctionnaires. En effet, les propos rapportés par le quotidien dénotent sans conteste une courte vue et un parti pris qui souligne l’absence totale d’expérience de la vie professionnelle en général. Notre Zorro de la fonction publique territoriale se désespère de ne pouvoir travailler et se demande pourquoi elle a été embauchée ainsi que certains de ses collègues. Nous répondrons que primo, comme dans tout service, il peut y avoir des périodes plus ou moins chargées. Secundo qu’il ne faudrait pas penser que le secteur privé est épargné par ce phénomène: il fut un temps où des entreprises recrutaient, sans aucun besoin, un cadre prometteur, juste pour en priver la concurrence…Tertio, sur l’intérêt du travail: c’est bien montrer de la suffisance que d’exiger un travail passionnant immédiatement, qui nécessiterait toute la science et la maestria supposée de l’auteur. Non, tout travail, fût-il de la haute fonction publique, passe parfois par l’établissement de simples graphiques.
  • on propose des solutions et on ne crée pas de problèmes. La règle d’or d’un chef, c’est de proposer des solutions: pas de créer des problèmes. Or, administrateur territorial, c’est être chef. En théorie du moins. Il est ahurissant de voir qu’une personne supposée encadrer des équipes en soit réduite à écrire ce type de pamphlet, s’en se rendre compte elle-même qu’elle est là pour proposer des solutions. Pour s’engager. Pour être au service des autres. Elle ne travaille pas assez ? Mais qu’elle épaule ses collaborateurs de catégorie B ! Qu’elle aille se renseigner dans une autre collectivité. Qu’elle aille elle-même chercher les problèmes à résoudre (ils ne manquent pas), qu’elle soit à l’écoute de ses concitoyens. Mais non ! Du fond de son fauteuil qu’on imagine agréable, notre jeune Saint-Just de la fonction publique territoriale préfère se rêver en inquisitrice – anonyme quand même ! – plutôt qu’en cadre de terrain.

Sur un point, finalement, on la rejoindra: le jury s’est bien trompé en sélectionnant un candidat dont le parcours universitaire l’a entraîné toujours plus à la théorie plutôt qu’à la pratique, au verbiage plutôt qu’à l’action, à la rêverie de l’ambition sociale plus qu’à la lucidité de l’écoute de terrain.

Le pamphlet sera utile à la fonction publique ? non. À ses concitoyens ? non plus. À l’auteur ? Peut-être, puisqu’apparemment le livre l’a fait sortir de la dépression et lui rapportera sans doute de substantiels droits d’auteur. On espère seulement pour les forêts françaises que les dépressifs trouveront d’autres vulnéraires que l’écriture.

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